Récits de course

Récit de ma TDS® (Sur les Traces des Ducs de Savoie)


La préparation à ce rendez-vous, ou plutôt l’objectif n°2 de ma saison ne s’est pas vraiment passée comme prévu. Tout était orchestré pour arriver en pleine forme le 26 août à Courmayeur mais une manipulation de mon bassin a tout chamboulé! Je passe les détails mais j’ai dû couper toute activité sportive du 8 juillet au 21 août, c’est à la suite d’un footing de 45 mn que j’ai décidé de m’embarquer dans l’aventure TDS.

Je savais pertinemment que mon endurance fondamentale n’était pas atteinte par cette coupure, par-contre la fibre musculaire n’était, elle, pas prête à encaisser le dénivelé. Je savais que je serrerai les dents, mais qui ne sert pas les dents sur un Ultra? Je ne pouvais pas abandonner sans essayer…

IMG_3328Arrivé à Chamonix le Mardi 25 avec une préoccupation principale, je trouve mes amis d’ActiV Patch 4 U pour valider mon bassin et mettre toutes les chances de mon coté. Cela fait plusieurs fois que je passe entre leurs mains avant chaque événement dans la vallée de Chamonix. Après de nombreuses utilisations je reste toujours bluffé de l’efficacité, cela me permet de prendre le départ l’esprit un peu plus libre et le genou léger! Ensuite direction la deuxième étape de la journée, et pas des moindres, le dossard… Je ne pense pas être le seul à penser que l’organisation doit revoir le mode de fonctionnement, 2H00 de planton c’est long, surtout la veille d’une course. Bref… une fois mon dossard retiré, direction Chamonix Plage pour un dernier petit bain d’eau froide!
En soirée, après avoir mangé un plat d’haricots azzuki et ma crème dessert, un petit check-up du matériel et au lit! Trouver le sommeil n’a pas été simple, une seule chose m’obsédait: « mon genou va-t-il tenir la distance? » Mais il faut savoir se faire confiance et croire en ses capacités. Après quelques minutes de réflexion, je me suis dit que je ne me laisserai pas le choix que de voir Chamonix, peu importe le temps, peu importe l’état. J’ai toujours eu la chance d’arriver prêt à mes objectifs, cette TDS était un test, « suis-je capable d’endurer cette souffrance dont certains parlent à travers leurs expériences? »

Mercredi 26 août,

3H45, il est l’heure de mettre le pied en dehors du lit, petite nuit mais suffisante. J’avale un bon bol de ma crème déjeuner préparée la veille, une banane, deux figues, une boisson à base de cacao cru, de maca et de sucre de fleur de coco et je termine de m’habiller. Cette préparation me permet de réduire mon temps de digestion et donc de gagner un peu de temps de sommeil.

4H05, je monte dans le bus direction Courmayeur, j’étais prévu pour 4H15 mais visiblement pas beaucoup de monde est à l’heure car les bus devant moi n’étaient pas tous pleins et attendaient pour partir. Bref, je monte dans le bus et attend patiemment l’arrivée sur Courmayeur.

5H45, c’est l’heure de se placer sur la ligne de départ, je me mets à quelques mètres des avant-postes car je n’ai pas envie de partir très vite. Un seul objectif: la ligne d’arrivée avec le genou entier!

6H00, la traditionnelle musique résonne dans les rues de Courmayeur et j’entends ces voix si familières -à force de regarder les vidéos de courses- qui donnent le départ…

6H54, premier point de passage à Maison vielle, c’est horrible, cela fait 54 mn que, dans ma tête, une seule image reste présente, mon genou, et je me demande sans arrêt « c’est là que ça va lâcher? », je n’ai pas vraiment de douleurs mais je n’arrive pas à l’oublier.

7H37, Arrête du Mt Favre, pas mieux. J’ai continué à réfléchir à toutes les solutions pour expliquer un abandon. Mais il fallait absolument se ressaisir rapidement, impossible de passer ces 120 kms dans un état comme celui-là. J’aborde la descente vers le Lac Combal très simplement, beaucoup de coureurs me dépassent mais peu importe la journée va être longue et l’occasion de les reprendre viendra…

8H02, passage au Lac Combal, mon genou tient, je me suis fais une raison… je pointe en 89e position et nous sommes au 15e kilomètre de la balade du jour!

8H49, nous voilà au point culminant de la TDS, 2584 m d’altitude. J’ai effectué la montée tranquillement, mais cela m’a déjà permis de reprendre quelques places, je passe en 69 e position. On bascule maintenant vers le Col de Petit St Bernard. C’est long 16.6 km… J’ai pour habitude de couper ma course en petits secteurs, cela passe plus vite que de prendre 120 km d’une traite, mais ce passage est long et il commence à faire chaud…

10H29, le passage est très sympa, je ne me suis pas ennuyé une seule seconde. Par la même occasion, je gagne encore quelques places et je ne pense plus à mon genou! Le passage au ravitaillement s’est légèrement fait attendre car mon litre d’eau n’était pas de trop. C’est aussi ça la TDS. Une course avec très peu d’assistance extérieure et de longues transitions. Je prends vraiment le temps de refaire un petit gel, de remplir mes flasks et je me remets en marche. Comme à mon habitude, je prends le temps que ma digestion s’amorce, je marche donc pendant 1 kilomètre. Les autres coureurs repartent vite et je perds de nombreuses places… C’est avec un élan particulier que je repars vers Bourg St Maurice car je sais que Flavie et ma Sœur m’attendent en bas…
12H04, la chaleur est étouffante dans Bourg St Maurice, le passage dans la zone n’est pas le moment que j’ai préféré. Peu importe , retour à la civilisation, passage piéton très bien encadré par la Police Municipale. Quel plaisir de voir Flavie et ma Sœur ! Passage sur la table de l’assistance, je ne m’assois pas mais je prends le temps de discuter et de refaire le plein de mon sac car la prochaine fois que j’aurai une assistance, il fera nuit! Un petit shaker et ça repart! Je pointe à la 51 e position et cela fait 6h04 qu’on balade, les jambes sont légères et l’esprit commence à penser à l’issue positive de cette journée…

Je repars doucement vers le Fort de la Plate, il fait chaud, très chaud! Je me lance dans l’ascension principale de la course, environ 1800 m de D+ en un peu plus de 12 km…

13H39, je me traîne depuis le départ de Bourg St Maurice, il fait chaud et je commence vraiment à ressentir le mois et demi à rester dans mon canapé… Il n’y a pas de secret, un RDV tel que celui là, ça se prépare, mes cuisses chauffent mais tout le reste va bien, je digère bien, pas de mal de tête grâce à ma casquette! Je mange bien, à heure régulière, des aliments que je connais et que je maîtrise pour assurer la suite de la balade jusqu’au bout. J’ai toujours mis un point d’honneur sur la nutrition et je mise là dessus pour pallier mon manque d’entraînement cette année.

15H15, passage au Passeur de Pralognan, le parcours devient plus sauvage, plus minéral, j’ai trouvé cette transition très agréable à l’œil mais moins aux cuisses… Nous voilà à la mi-course psychologique car en terme de kilomètres nous sommes au 62 e. Je décide à ce moment de lever le pied jusqu’au col Joly, je me sens relativement bien mais je sais ce qu’il reste à faire et je veux assurer la suite de la balade…

16H02, passage au Cormet de Roselend, passage magnifique, une nature superbe, Flavie et Bérénice sont venues me voir sur ce passage. Je décide de profiter de l’instant présent, la passage est magnifique, le temps est vraiment avec nous et il commence à faire plus frais. Un peu plus loin il y à énormément de vaches, les cloches résonnent dans les pâturages, cela paraît dingue mais je me sent bien pour la première fois de la course, pas bien physiquement mais mes idées sont claires et je suis maître de la situation. Je discute avec Thibaut et Benoit, nous courons ensemble depuis le Passeur de Pralognan, c’est agréable de partager ces moments de montagne avec des gens passionnés. Mais je ne suis pas le rythme et je laisse filer…

19H55, passage au ravitaillement du Col Joly, une fois encore je prends le temps de manger, je pointe à la 56 e place. Les petits morceaux de bananes et les raisins secs des ravitaillements sont les bienvenus, ces deux aliments réduisent l’acidité dans le corps due à l’activité physique et les bananes protègent le système digestif en plus de leurs grandes qualités nutritionnelles.

Pour je ne sais encore quelle raison, à ce moment de la course je décide de m’avaler un stick kola, une boisson à base de plantes énergisantes qui permet d’avoir un petit coup de fouet sans incidence derrière. Je suis motivé par le fait de retrouver Flavie et ma sœur au deuxième ravitaillement et il fallait que je rattrape Benoit et Thibaut. Je me lance dans une descente rapide, je mets 1H10 pour descendre aux Contamines. J’ai rattrapé Benoit et Thibaut plus quelques coureurs. Dans la vallée, j’ai aussi croisé Aurélien et Rachel, c’est top, la nuit commence à tomber et ils sont là à quelques kilomètres du ravitaillement pour m’encourager.

21H05, j’arrive au ravitaillement en avance, du coup Flavie n’a pas eu le droit de rentrer avant dans la zone, je la cherche et après deux minutes les bénévoles l’autorisent à entrer. Changement de t-shirt, de chaussettes, on fait le plein du sac et des flasks. Je change de frontale, je choisis la Nao de Petzel, lourde mais efficace et vu ma vitesse c’est plus de la rando! Un petit quart d’heure s’est écoulé mais peu importe, je n’ai jamais pris le temps sur aucune autre course alors là je profite! Les infrastructures éphémères mises en place par l’organisation sont vraiment superbes, bancs, tables, tonnelles bref du ravitaillement de luxe et le choix de nourriture est varié. On retrouve même des barres dattes/bananes Bio! Mais j’ai beau être dans un ravitaillement quatre étoiles avec Flavie, la balade n’est pas finie!

Je quitte les Contamines en musique, direction le Col du Tricot pour la dernière bosse. Je la prends sans la subir, avec philosophie en me remémorant toute cette journée. Je sais à cet instant que je serai Finisher. Peu m’importe ma place et le temps, je finis, sans tomber et sans me faire mal. Je pense à la suite de ma saison, j’oublie ce mois de juillet à stresser. Je repense à ce mois d’août en Corse avec Flavie et tous ces bon moments… Le Col du tricot n’est pas simple, l’arrivée parait interminable, une lumière nous indique le col, de nombreuses frontales dessinent les lacets de l’ascension, c’est magique! La lune complète le tableau, quel moment privilégié, c’est dans ces moments-là qu’il faut être conscient de la chance qu’on a d’avoir une santé qui permet de vivre de tels moments.

23H27, passage du Col, c’est fait! maintenant c’est descente et faux plat jusqu’à Chamonix! Je partage la descente avec François -un coureur belge- et Benoit, nous décidons de terminer ensemble et cet état d’esprit me va bien. Nous profitons tous les trois de cette dernière descente pour échanger. Sur une course, on garde pleins de souvenir du parcours mais les meilleurs sont les rencontres. Chacun entraîne l’autre, l’esprit de compétition est loin et nous sommes là pour finir cette Balade et rallier Chamonix et sa Place du Triangle de l’Amitié. Quel nom de place magnifique pour une arrivée de Benoit, François et moi, main dans la main! Merci les gars!

 

Nous passons la ligne d’arrivée à 2H06, après un peu plus de vingt heures de balade dans les montagnes. 119 kilomètres et 7223 mètres de dénivelé positif, je boucle ma première vraie expérience dans le monde de l’Ultra!

Je suis soulagé car je termine cette aventure aucune autre douleur que des courbatures ! J’ai énormément soigné mon alimentation et mon hygiène de vie durant ma blessure, je suis satisfait de voir que mon corps m’a rendu la pareille !

Les émotions qui traversent mon esprit encore à cet instant sont grandes. La première reste la satisfaction même si mon objectif était plus ambitieux, mais il faut être patient, j’aurai l’occasion dans les années à venir de prouver que ma détermination et mon engagement rapportent. Les concessions peuvent paraître grandes, mais la satisfaction l’est encore plus.

Merci à Flavie est Bérénice pour leur engagement à mes cotés, l’assistance est aussi une journée « Ultra » longue! Merci également à tous ceux qui m’ont suivi dans cette aventure, votre soutien est important et c’est pour cela que je prends plaisir à écrire ces quelques lignes et vous faire vivre de l’intérieur cette balade.

Pour vous faire une idée, voici le lien tracé 3D du chantier : Tracé 3D

 

Temps de passage

 

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