Récits de course

Un 360 d’émotions!

Un 360, c’est un tour complet en géométrie! Et adapté au VTT à la sauce domfrontaise c’est 4 fois 90 non pas degrés mais kilomètres. Je ne sais pas qui a eu cette merveilleuse idée de pouvoir mettre nos corps dans une telle adversité. Je commencerai par remercier l’ensemble des bénévoles de l’UR360 car sincèrement c’est parfait! Le dosage entre professionnalisme, bienveillance, simplicité est remarquable. Rien que pour ça je serai là dans deux ans!
J’ai décidé de participer à cette course de VTT sur la motivation d’exposer mon esprit à un milieu d’endurance inconnu, le VTT. Je connais ma réaction en Trail et en vélo de route mais je n’ai jamais fait plus de 180 km de chemins. Discipline globalement engagée, le vélo tout terrain n’épargne aucun muscle ni aucun sens sur 24 heures d’effort.
Ma préparation n’a pas été bonne, j’ai accumulé simplement 700 km de VTT et 2000 de route avant le départ mais je m’étais bien préparé en trail durant les 4 derniers mois avec un volume moyen de 15 heures par semaine de sport confondu dans les trois disciplines. La semaine avant, j’ai opté pour 11 heures de vélo de route afin de rendre mon organisme dépendant au vélo, c’est un concept bizarre mais efficace!
Le matin du départ c’est William qui m’emmène de Tinchebray à Domfront. Cela a une saveur particulière car nous devions le faire ensemble mais blessé au genou il n’a pas pu prendre le départ. Il a fait les 24 heures avec moi et sur certains points avec Flavie et mes parents.
6h00 le samedi 24 juin, la tension est palpable en descendant de la voiture, les visages des uns et des autres sont concentrés. Je termine de monter ma monture et je rejoins la ligne de départ en discutant avec Florent, Guillaume et quelques autres. C’est toujours un plaisir de connaître des visages au départ d’une grande aventure. Sur la ligne, je me place en première position, j’ai l’ambition de terminer, pas de prétention car l’ultra, c’est l’ultra! Ce n’est pas un univers de prétentieux car sinon, en règle générale c’est pas l’humain qui gagne, à l’image de la phrase de Kilian Jornet « We can’t fight nature! ». Le départ est donné, je me mets dans la roue du favori car je fonctionne beaucoup par mimétisme dans le sport. Malheureusement, il se trompe de passage et on s’engouffre à vive allure dans le camping de Domfront, 500 m de fait et déjà une erreur! Je le prends comme une leçon et je me rappelle un de mes principes qui est de faire confiance à mes choix et ne pas subir ceux des autres. Je dois dupliquer mes réflexes d’ultra-endurance du Trail et notamment en orientation car nous sommes sur un balisage similaire.
Nous entamons le premier 90 kilomètres, boucles dans un bocage que j’affectionne particulièrement et que je connais bien. Direction Chanu pour un premier tronçon de 30 km. La course est redécoupée en tronçons de 30 km, du coup je ne pars pas pour 360 km, je pars pour des balades de 30 km les unes derrière les autres. Cette erreur me place en milieu de peloton et me demande d’écraser un peu les pédales sur les 10 premiers kilomètres afin de ne pas trop boucher dans les premiers chemins techniques. Je ne prends pas vraiment de plaisir sur les premiers chemins. Le VTT est une discipline qui demande beaucoup de pratique pour être fluide et clairement, là, je n’ai pas de bonnes sensations. Les chemins s’enchaînent et je reconnais le tronçon entre Chanu et Ger, ce qui me permets de rouler un peu plus vite.
Arrivé à Ger, le soleil commence déjà à entrer dans la danse. Le maître mot est « hydratation » suivie d’alimentation sur ces points stratégiques. Mais il y a aussi la machine à gérer et ce point est nouveau pour moi car d’habitude, je suis seul ou sur la route et donc nul besoin de s’occuper du vélo. Là, il faut graisser et vérifier, c’est William qui s’en charge car je ne reste pas plus de 5 minutes sur la base vie. Ça ressemble presque à une course de vitesse mais que 360 km et 6000 m de D+!
Je reprends le guidon direction Domfront pour le passage au point de départ. Les chemins sont magnifiques sur ce tronçon, passage par Beauchêne et son chemin rivière, la Fosse Arthour et ces singles… Le paysage est magnifique et le choix des chemins des bénévoles est parfait.
Ma stratégie alimentaire fut simple tout au long de la course. Barres céréales faites maison chaque 30 km, un demi Energy Diet, c’est une préparation à base de macro et micro nutriments justement dosés pour répondre à mes besoins. Quelques fruits secs et voilà. Côté hydratation, je suis simplement à l’eau et de temps en temps un stickola, petite merveille des laboratoires Beautysané!
Bref, je décolle à nouveau de Domfront vers 12h00pour découvrir la deuxième boucle! Direction la forêt d’Andaines et ses alentours pour un parcours avec, normalement, moins de dénivelé mais avec plus de forêt et je n’affectionne pas vraiment de rouler en forêt! Je ne me fais pas d’a priori mais mes craintes sont rapidement vérifiées, petits bourbiers, chemins larges et défoncés par les engins de déforestation… C’est pas l’éclate quoi! Mais je relativise en me disant que c’est une bonne mise à l’épreuve de mon mental. Deuxièmement, je ne connais pas du tout ces chemins et c’est une part d’inconnu que j’apprends à maîtriser. Je dois également noter chaque point difficile dans mon esprit pour le retour en sens inverse dans la nuit. Car pour l’instant c’est facile, il fait beau, je ne suis pas fatigué mais dans 10 heures? C’est une question à garder à l’esprit pour également ne pas s’enflammer, car dans l’ultra on a des moments d’euphorie où on appuie bien sur les pédales deux fois plus que prévu mais il ne faut pas tomber dans ce piège.
Je suis toujours avec William, des arrêts minutes, nos échanges sont brefs mais nous sommes rodés et efficaces.
Je navigue dans les cinq premières positions, fidèles à mon objectif et à mes « règles ».  Je ne m’emporte pas, je crois même pointer en première position à la moitié du 360.
Nous y sommes, 180 km avalés, il est environ 17h, nous avons un peu plus de 3000 m de D+ et ça fait plus de 11h00que je suis sur mon vélo. Incroyable, j’ai envie de repartir dans ce bocage que j’affectionne tant. Je m’engage avec beaucoup de certitude sur cette troisième boucle. J’ai bien mangé, le moral est bon je vise Ger dans mon esprit et je commence mon travail de visualisation. Anticiper pour vivre le moment présent de façon confortable. Je ne laisse pas de place à l’imprévu, j’anticipe mes passages de vitesse pour respecter mon dérailleur notamment. La respiration est aussi un axe que je développe depuis plusieurs mois, c’est bluffant, on pense à boire à manger mais pas à « bien » respirer or c’est un des éléments essentiels de la vie. On le fait tellement naturellement qu’on en oublie de « bien » le faire. Si vous êtes curieux vous pouvez chercher des informations sur la méthode de « Wim Hoff ».  Cet homme est inspirant!
Je passe Ger en deuxième position mais je vois revenir sur moi Jérome qui me fait une belle impression. Calme et réfléchi, je perçois beaucoup de sagesse dans ses choix et dans son coup de pédales. Je dois m’inspirer de ce mec! Je me mets dans sa roue et j’apprends, je duplique, fasciné par nos capacités d’adaptation. Je sais que ce travail apparenté à la faculté de ce que l’on appelle « neurones miroirs » je vais aspirer tout ce que je peux dans ses gestes et son attitude pour faire de même quand je serai seul.
Jérôme me décroche un peu avant Chanu dans une descente. Il est 22h, la nuit tombe et je dois monter mes lumières. Je vois Flavie et William qui assure mon ravitaillement. Les deux premiers sont ensemble, ma place n’est pas des plus simples car j’imagine qu’ils vont rouler ensemble et ils auraient raison! Je n’ai pas la forme à ce moment pour re-coller et prendre la roue. Alors je me mets dans ma bulle.
Je sais que ces 30 km vers Domfront sont relativement simples et avec plus de descentes que de bosses.
J’aime rouler à la frontale mais c’est la deuxième fois de ma vie que j’expérimente cela en VTT et c’est du sport!
La sensation de vitesse est incroyable mais on reste dans la sensation car sur le compteur ce n’est pas ça!
Me voilà à Domfront, toute ma famille est là, je vois le soutien et le piège, il ne faut pas se laisser déborder par l’affect. Je reste distant, je mets un maillot de corps, je mange et je repars. Ça peut être frustrant sur l’instant mais c’est un mal pour un bien.
Dernière boucle, deux ravitaillements et c’est fini!
La sortie de Domfront n’est pas simple. Je pioche pendant quelques kilomètres et une surprise vient!
C’est de la folie, il y a plein de chauves-souris, elles font la course devant moi dans les chemins creux! Batman! Je joue, la première m’a fait peur mais maintenant je m’en amuse.
Base vie de la Ferrière aux étangs, je m’assois car je faitigue. Je prends 10 mn pour manger et boire. La tête est à 30 mn devant,maintenant je gère ma troisième place et le tour en moins de 24H qui était un objectif secrètement gardé.
Direction Bagnoles de L’Orne, je pioche, je pioche et je pioche! Moment difficile, il est 2h30 du matinet ça fait quelques heures que je n’ai pas quitté ma selle avec les irritations et douleurs qui vont avec. Ça forge!
Je double la dose de stickola! Mes yeux passent en mode yeux de lynx! Je reprends du poil de la bête! Je dope mon mental avec de la visualisation et affirmation positive, je conditionne mon esprit à la réussite et je me mets dans l’émotion de passer la ligne d’arrivée. C’est une arme puissante à ne pas utiliser trop vite car la déception peut-être grande si on ne voit pas la ligne. Mais je sens que c’est le moment alors j’active!
Bagnoles de l’Orne comme une formalité, je bois bien, je mange et je repars dans le passage technique de la sortie de cette jolie bourgade. Je me surprends à courir dans une bosse à côté du vélo!
Je remonte dessus et je force, je force et je force j’entraîne un gros développement et je me mets debout car ce geste ressemble à une montée en montagne en trail et j’ai beaucoup entraîné ce geste les mois précédents.
A dix kilomètres de l’arrivée, je vois Flavie sur le bord de la route, je passe à toute vitesse en lui criant « bisous »! Pas le temps de perdre du temps, je cours contre moi, contre le chrono et c’est toujours ce qui m’a le plus poussé à me dépasser.
Les derniers hectomètres sont connus, je roule à très vive allure dans les rues de Domfront et je savoure, 1 mn retrace 24h et je me félicite. Je suis heureux, content, souriant, bref je vis!
24 heures 2 minutes et 38 secondes, objectif « presque » atteint mais je m’en satisfais.
Merci à William, Flavie et mes parents pour m’avoir soutenu une fois de plus dans une course comme celle-ci dans l’enchaînement de la MAXIRACE et du Trail d’Écouves. Un mois intense de sport!
Maintenant repos car je vous écris du Pérou où je suis avec Flavie pour quelques treks en altitude histoire de faire le globule!
Merci à tous les bénévoles de L’UR360 et longue vie à cette épreuve qui dynamise notre belle région!
Sportivement,
Victorien
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