Récits de course

MAXIRACE 2018 – Le tour d’un lac par les montagnes.

Depuis le temps que j’entends parler de cette course, je peux enfin mettre des images sur les chemins qui la caractérisent. La « Venise des Alpes » ne vole pas son surnom, c’est très agréable de prendre le départ d’une course dans ce cadre qui, d’ailleurs, nous en ferait presque oublier que ses sommets environnants sont de la « vraie » montagne. Je dois vous avouer que j’avais pris ce trail comme une course à difficulté moyenne. Mais je dois changer mon appréciation car on est bel et bien sur une course de montagne. Un trail quoi!
Avec Martin, nous sommes partis à 4h30 le jeudi matin pour pouvoir se poser un peu la veille. Car enchaîner 7h00 de route, la nuit et un Ultra c’est faire près de deux ultra en un! Martin nous a dégoté un appartement dans la Clusaz, c’est parfait de pouvoir monter là -haut au calme! Une nuit en altitude (1100 m) tout est relatif, ce n’est pas vraiment l’acclimatation dont nous avons besoin mais plus le calme. Après quelques petites courses de dernière minute à Annecy nous avons fait un petit footing de 40 minutes histoire de se dégourdir les jambes avant la nuit.
Travailler par moment en visioconférence me permet d’allier le travail et mes passions, j’en profite également pour caler quelques RDV et l’heure du coucher approche.
C’est avec entrain que je me lève vendredi matin. Douche froide, respiration, réveil musculaire, le Check-up est : ok! C’est important d’avoir une petite routine, cela permet de se conforter dans l’idée que tout va bien. La respiration et le froid sont deux paramètres importants dans la recherche d’une bonne santé. Cela influence votre organisme positivement et ça se vérifie sur ma RMSSD!
Niveau alimentation, les repas sont restés simples: des œufs, de la patate douce et du sarrasin avec un peu d’huile de colza et du gomasio. Il faut également veiller aux quantités car un estomac trop plein entraîne une digestion longue qui elle-même entraîne de la fatigue et la nuit un mauvais sommeil.
La matinée de vendredi est là pour affiner les réglages et vérifier qu’il ne manque rien. Ensuite direction Annecy pour voir Phillipe, c’est un des professionnels de santé du groupe Activ plus 4U, les patchs bleus que j’ai sur les jambes! Après 30 minutes dans ses mains je suis « Ready to race »!
Nous passons ensuite par la queue pour récupérer nos dossards. Elle est longue mais c’est relativement fluide. Un mini tour dans le village et direction notre AirBnb car il est déjà 17h00!
La classe! Top logement dans le centre d’Annecy, nous le louons à 7 avec Melina, Benoît et leurs enfants, Martin, Laurent et moi même.
Dernier repas et au lit, la literie était superbe mais dormir en groupe réserve parfois des surprises! Il y a un ronfleur dans notre chambre de 3 mais je ne balance personne!
Réveil à 3h50, c’est ça le luxe d’être au pied de la ligne de départ et d’avoir une solution pour déjeuner et avoir digérer 45 minutes plus tard!
Je ne change quasiment rien à mon rituel de double dose d’Energy Diet café, un thé, une part de gâteau sport de Benoît et on met le sac sur le dos!
Je rejoins le sas élite, je suis dans le deuxième wagon avec mon dossard 10058, cela signifie que j’ai la 58 eme côte ITRA de la course. Autant dire qu’il y a du client devant!
5H00 le départ est donné! Environ 3 kilomètres nous séparent de la première bosse, le Semnoz, ces kilomètres se courent sur les bords du lac et l’allure va bon train, un petit 4’00’’ au kilo environ. Je me positionne dans les 30 premiers car c’est mon objectif. La montée sèche du Semnoz se fait à 95% en courant, je me calque sur l’allure de Sylvain devant moi car je connais ses capacités.
A 7H00 nous pointons le bout de notre nez sur le Semnoz, la vue est magnifique. J’en profite même pour faire ma story!
Nous sommes au point de ravitaillement numéro 1, je sais que Mélina, la femme de Benoît m’y attend. Nous avons fait 18km et environ 1500 m de D+, je reprends de quoi manger dans mon sac de ravitaillement et je file à la tente de l’organisation pour remplir mes flasques. En sortant je marche un peu pour mâcher et laisser à mon corps le temps de comprendre ce qu’il lui arrive! Et là, je me fais doubler par un grand! C’est François d’Haene, c’est marrant de le voir parmi nous dans sa balade! J’entame la descente à ses côtés et, comme à chaque fois que je suis avec un champion, je me calque sur lui. C’est très important pour moi de comprendre pourquoi et comment il est devenu un des meilleurs. Pour moi, le mimétisme est un gros facteur de progression dans le sport. Bref, nous faisons la descente et je prends beaucoup de plaisir, les cuisses de normand réagissent plutôt bien alors j’en profite. Je ne perds pas de temps car je sais que la chaleur sera un point critique en vallée alors j’allonge pour passer Doussard de bonne heure. Les points d’eau sont très bien placés et c’est agréable de pouvoir remplir son litre tous les 7 kilomètres environ.
Arrivée en bas à Doussard. Nous sommes à la moitié de la course mais au dire de certains c’est là que tout commence! Je croise Thomas, un normand avec qui j’échange quelques mots et on partage 500 mètres ensemble jusqu’à l’entrée de la zone de ravitaillement. Mélina est là, elle m’attend pour que je puisse recharger mon chargeur de nutri-bombes! Ça fait un peu militaire comme phrase mais en même temps c’est un peu la guerre entre ma tête et mes jambes! Le gros avantage que j’ai c’est que, contrairement à une majorité du peloton, je n’ai jamais de problèmes gastriques. Pendant que je parle de ravitaillement je tenais à remercier énormément Mélina pour ses heures de patience, car faire l’assistance avec deux petits garçons toute la journée à quatre coureurs c’est éprouvant! Chapeau et MERCI!
C’est reparti pour la plus longue ascension de la course, la patate du Mt Baron. Sur le papier, c’est vrai que c’est solide mais on ne voit pas tout sur le papier! Et que dire des commentaires des gens qui sont déjà passés sur ce chemin! En réalité la perception de chacun est tellement différente en fonction de la fatigue, des conditions météo, de la préparation… Bref, pour ma part je vous conseille d’avoir simplement confiance en vous et de laisser de côté l’aspect visualisation négative d’un bout de parcours. Car à force de le redouter, on en oublie l’essence même du plaisir de l’instant présent.
Je reprends quelques coureurs dans la montée, les allures ne sont pas folles mais constantes, je ne m’arrête pas et je me focalise sur le prochain point d’eau. Seul objectif: courir et boire pour que mes deux flasques soient vides avant le ravitaillement suivant. Je ne pense à rien d’autre et je regarde le paysage. Je cours avec la première féminine, elle est très agile dans les descentes contrairement à ma foulée normande! J’arrive au point d’eau et je bois une flasque entière. Puis je refroidis la tour de contrôle! C’est le centre névralgique, les décisions prises doivent toujours être rapides et cohérentes pour ne pas perdre de temps. Direction le chalet de l’Aulpes, une fois de plus je ne sais pas ce qui m’attend mais je cours dès que possible afin de garder ma place. Régulièrement je me pose la question: « peux-tu courir ici? ». Quand la réponse instinctive est oui je cours et je me rends compte que par moment il est même plus confortable pour moi de courir que de marcher. La montée vers le chalet est très découverte, je cache au mieux ma tête du soleil mais la sueur coulant en abondance me pique les yeux, c’est un mal pour un bien car elle signifie également une bonne hydratation et notre sueur c’est notre système de refroidissement!
Les pas deviennent techniques à l’approche du sommet, quelques câbles nous sécurisent le long de ce pan de montagne abrupte.
Je pointe en haut en 23 ème position. C’est cohérent mais je reste lucide sur mes capacités à descendre vite. La trace jusqu’à Menthon-St-Bernard est inconnue pour moi mais je me souviens d’un fort profil, mes cuisses chauffent! Heureux hasard ou signe du destin, je croise un beau névé et je décide de me frotter l’ensemble des jambes avec de la neige. La vasoconstriction offerte par la neige aura un effet bénéfique. N’hésitez jamais en cas de coup de mou à mettre du froid sur vos jambes. Néanmoins, pour ma part, j’émets une grande réserve sur le fait de s’asperger l’ensemble du corps car le choc thermique est grand et méfiez vous du froid sur le ventre si vous voulez garder un transit calme… il en va de même pour l’eau trop froide!
La descente se passe comme prévu: calme. Mais je subis néanmoins la descente. Certains parlent de jouer moi j’ai plutôt l’impression que c’est elle qui joue avec moi!
Arrivé en dessous du château, j’aperçois Pascal, un normand qui accompagne d’autres Trailers sur cette épreuve. C’est toujours plaisant de voir des têtes connues! Il m’indique les positions et les sensations de mes concurrents devant et cela réveille mon instinct. Mélina ne peut être présente car elle est avec Benoit, Martin et Laurent à Doussard. J’étais prévenu donc je remplis mes flaques, mange une banane et je repars comme à mon habitude en marchant quelques mètres et je mâche! Prenez soin de votre ventre, je le répète tout le temps au personne que j’accompagne à travers l’alimentation. Car si rien ne se passe de positif lorsque vous ingurgitez un aliment ne comptez pas avoir les ressources pour avancer. Au fait, pourquoi la banane? De bons apports énergétiques et en plus elle protège votre système digestif, mangez-la bien mûre, plutôt trop que pas assez même.
Mister Mt Baron! Il est devant moi, on se sent comme au pied du mur!
Il me reste 14 kilomètres alors c’est de la rigolade sur le plan mais la géologie de cette bosse en a décidé autrement! Sacré chantier, les pierres sont dans tous les sens. Je pose même les mains par moment, est-ce dû à la fatigue? Je le pense aussi mais je reviendrai sur cette trace une autre fois car c’est magnifique!
Je passe ce que je pense être le dernière bosse, mais ce n’est pas encore la dernière. Cela parait interminable. Je sais qu’il ne faut pas être impatient dans ce cas là car sinon le moral ne tient pas. Alors j’occupe mon cerveau. Ca parait fou dit comme ça mais ça fonctionne très bien. Je vous explique! A ce moment-là, j’avais besoin de manger, j’ai donc décidé de prendre une de mes nutri-bombes et de la découper en 5 nouvelles plus petites pour les avaler tranquillement. Il m’a fallu 10 minutes pour réaliser cette opération sans tomber et pendant ce temps là mon cerveau était occupé à autre chose que de penser à l’arrivée. Le pire dans tout ça c’est que c’est juste mon esprit qui est faible car je n’ai aucune « vraie » douleur!
Cette fois-ci c’est bon! Un signaleur m’indique que l’arrivée est dans 4 km, je perds deux places et je suis conscient de mes faiblesses en descente mais je n’accélère pas pour autant. Je suis résonné dans le sport en règle générale et j’espère que cela me permettra de durer. Je continue donc à mon train.
Le lac est là! Devant moi, la boucle est presque bouclée. Il ne me reste plus qu’un kilomètre pour savourer cette grande balade. A chaque fois je prends le temps de remercier, je ne sais pas qui exactement mais je savoure la chance d’avoir un physique et un mental me permettant ce genre de folie! Aventure à vivre, difficile à raconter mais j’espère que vous avez pris autant de plaisir à me lire que moi à vous écrire.
J’ai passé quatre belles journées avec mes amis. Flavie m’a énormément manqué car elle est la seule à pouvoir me donner un frisson au moment où j’en ai le plus besoin sur ce genre d’épreuve.
Je ne sais pas si je reviendrai sur cette course mais je reviendrai sur cette trace pour contempler à nouveau ces magnifiques paysages.

 

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