Récits de course

61 (ORNE) kilomètres dans la Forêt d’Écouves!

Nous sommes huit jours après la MAXIRACE  mais l’heure est revenue d’accrocher un dossard. C’était anticipé, je savais que cet enchaînement était possible grâce à une grande rigueur. Par grande rigueur, je parle d’une alimentation extrêmement cadrée, de séances de Compex à répétition, de cryothérapie, de massages et de séances d’entraînements spécifiques.
Écouves est le support des championnats de Normandie de Trail mais ce n’est pas vraiment pour cette raison que j’y suis allé. Je sais pertinemment que le niveau ne sera pas représentatif du « vrai » plateau normand. J’y suis allé pour sa forêt et son organisation! Cette forêt est sublime, connaissez-vous un trail où, sur 61 km, on ne voit même pas 1 km de bitume? Moi oui, celui-ci. C’est pour cette raison que je commence par féliciter les organisateurs et bénévoles de cette course. Des singles, des rochers, des arbres et encore des arbres et pas une seconde pour s’ennuyer sur cette trace.
Parlons de la journée de dimanche maintenant.
Je suis parti à 6h00 de Domfront avec, comme à mon habitude, simplement un gros Energy Diet dans le ventre. C’est un repas équilibré qui se digère extrêmement facilement pour ne pas avoir de désagrément et qui est très satiétogène car je n’ai pas eu mon ventre à gargouiller!
Arrivé sur place, je me rends compte qu’il fait déjà chaud et ça me permet de faire rapidement mon choix sur la tenue. Le retrait des dossards est très bien organisé, c’est très agréable. Je croise quelques visages connus et j’échange avec eux, j’adore ces moments d’avant course où on se remémore et où on partage ses doutes.
De retour à la voiture, je me change et je prends le strict minimum dans mon sac. Je dois rester « light » pour être compétitif et surtout ne pas avoir trop chaud.
Je m’échauffe légèrement pour pouvoir partir à un bon tempo, je n’ai pas vraiment de stratégie, je sais néanmoins que je dois prendre la course en main pour ne pas subir ensuite. La vitesse n’est pas mon fort en ce moment, je sais que si j’ai une chance c’est sur la durée.
Le départ est donné à 7h30, nous faisons un tour du site et direction la forêt, je ne regarde pas ma montre et je cours à la sensation, le plaisir avant tout.
Un groupe de 4 se dessine rapidement, je me place dans le peloton et j’attends de voir comment ça se passe. Les petites bosses s’enchaînent et je vois rapidement les facilités des uns et des autres en fonction du terrain. Les allures sont néanmoins très hautes pour un 61km, nous arrivons à trois au douzième kilomètre. Je suis le seul à remplir une flasque au point d’eau. C’est une première indication que je prends sur mes concurrents. Il fait très chaud et l’hydratation sera un point clé de la course. Nous crapahutons de bosses en bosses, il y a des passages somptueux où il faut même poser les mains, autant vous dire que ça ne court pas mais ça relance fort!
Nous arrivons au premier ravitaillement, de quoi remplir mes flasques et faire un petit pipi! Yes, c’est un bon signe! L’hydratation est optimisée. Je vois quatre autres concurrents revenir! Aïe! Mais ce n’est pas possible, on n’a pas perdu de temps pourtant! Je me remets dans le tas et j’observe. Les kilomètres ne passent pas vite car la zone est très technique et tout le monde est vraiment à l’aise.
Au kilomètre 28, dans une zone légèrement technique, je sens une petite ouverture pour la clé de champs! Je la saisis sans me poser de questions. Je prends la tête de la course sans trop en faire non plus car ça fait 25 km que je suis au rupteur!
La voilà, l’opportunité de la course, il n’y en aura pas deux alors il faut la saisir. Dès que je ne suis plus en ligne de mire je baisse le tempo, je bois, je me mets une petite nutri-bombe sous la dent et j’avance comme si j’étais sur une sortie longue en gardant à l’esprit que j’ai quelques poursuivants quand même.
J’ai quatre règles quand je suis comme ça :
  • bien m’alimenter!
  • ne pas me perdre!
  • ne pas tomber!
  • Bien m’hydrater!
Voilà, comme ça je garde ce fil conducteur à chaque kilomètre qui passe.
Je ne me retourne pas, la confiance en soi est primordial à ce moment de la course. La subtilité est fine entre l’ego et la confiance en soi mais je pense qu’il faut croire en ses capacités dans ces moments.
Kilomètre 40, je suis de mieux en mieux, je récupère vis à vis des premiers 25 kilomètres, l’allure n’est pas moins rapide mais il y a moins de relance et c’est moi qui gère. Les sentiers sont toujours aussi magnifiques, moins tortueux mais nous avons de longs faux plats. La température est de plus en plus humide et chaude, la jungle normande n’est pas très agréable! Beaucoup de hautes herbes nous fouettent! Quelques kilomètres plus loin, je retrouve des concurrents du 30 km, je partage un moment avec eux, ils leur restera 5 km après le ravitaillement et moi 8, je vois ça comme le bout du monde à cet instant! Je recharge une fois de plus mes deux bidons d’eau et je m’engouffre seul dans le dernier tronçon! Je relance, je saute, je m’amuse, le temps doit passer vite! Il faut que je dupe mon cerveau, non je n’ai pas mal, non 7 kilomètres ce n’est pas long! Dans ces moments précis, nous sommes tous sur un même pied d’égalité, premier ou dernier nous devons apprendre à gérer nos émotions. Je dirais même que les derniers ont plus de courage étant donné qu’ils passent plus de temps que nous dans les sentiers.
Je double des « Trailers Normands », c’est notre team! C’est un plaisir de voir ces maillots. Quant à moi, je porte nos couleurs sur mon sac!
J’entends la voix du speaker! L’émotion monte en moi et je me souviens qu’il y a 5 ans c’était mon premier trail long! Les larmes me viennent au même moment! Se souvenir pour savourer. J’ai quitté le site du départ à 7h30 avec le rêve de cette sensation et je le vis! C’est indescriptible, c’est pour cette raison que j’encourage toujours chacun à se battre jusqu’au bout! Ces sensations nous font nous sentir vivants! C’est une bien plus belle récompense que de monter sur un podium, c’est merveilleux.
Je rentre dans les cent derniers mètres et je regarde le public. Je me remplis de leurs félicitations. Les jambes sont légères!
Victoire! Victoire personnelle, victoire face à mes émotions, face à mes doutes. C’est ça qui constitue un gain, plus que le fait de se battre contre l’autre. A mon sens, il faut se servir de ces challenges pour construire une personne et non un « champion ».
Je remercie toutes les personnes que j’ai croisées sur cet événement.
A bientôt,
Victorien
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