Récits de course

400 bornes à partager!

Corentin : « – Ça doit être sympa de partager la Normandicat 400?
Victorien : – On la fait ensemble?
Corentin : – OK! »

Voilà, comment cette histoire a commencé. Par moment, on pourrait penser que c’est compliqué alors que c’est juste une décision, celle de le faire! Vous savez le fameux « Just Do It » que met en avant Nike et dont je parle souvent. C’est aussi valable pour la vie de tous les jours car beaucoup de choses nous paralysent, c’est bien connu, « l’analyse paralyse »!

Du coup on s’est lancé. Après un 350 km partagé ensemble en 2017 sur mon tour de Normandie et beaucoup de kilomètres en commun dans la campagne d’Yvetot, l’un comme l’autre nous savions dans quelle aventure nous nous lancions. La confiance est un point essentiel dans ce genre de collaboration, elle doit être mutuelle et aveugle.

L’objectif de ce défi était double: nous voulions bien évidemment le boucler, et en plus de cela j’avais évoqué à Corentin le fait que mon objectif était le plus de 30 km/h de moyenne. Sur une sortie de 150 km en Basse Normandie il faut déjà y mettre du sien alors sur 400 km sans assistance je vous raconte pas! Trois semaines avant ce chantier, nous sommes partis en exploration avec un 300 km de jour, enfin presque, puisque nous avons pris le départ à 4H00. Tout s’est bien déroulé et nous avons terminé avec 29,4 de moyenne, pas loin de l’objectif mais avec 100 km de moins…

Vendredi 31 mai à 18H30 nous nous sommes retrouvés sur le parking de l’organisation à Saint Vigor le Grand, à côté de Bayeux. Le temps est avec nous et cela renforce l’envie de partir à l’aventure. C’est une excitation toute particulière car seul on est plutôt en introspection alors que là, la sensation est aux antipodes. Je suis content de partager ça avec Corentin car notre philosophie de l’effort est proche et cela renforce l’expérience. Il est temps de se préparer un petit Energy Diet, avec du chocolat bien-sûr!

19H45, briefing de départ et dernier « pipi de la peur »! Et oui c’est comma ça, on ne peut pas contrer ce petit stress positif qui pousse à comprendre l’enjeu de plus de 14 heures de selle de suite.

20H00, départ repoussé de quelques minutes car un concurrent est crevé! (Son pneu vous avez compris!) On l’attend collectivement car Xavier l’organisateur nous le demande. Ça va de soi car l’ambiance est bon enfant et ce n’est pas vraiment une course, c’est une aventure vélocipédique du patrimoine normand !

21H00, ça fait 50 minutes qu’on a le nez dans le guidon à plus de 38 km/h de moyenne, parfait pour se mettre dans l’ambiance. Chaque relais est appuyé un peu plus fort que l’autre! Les bosses du bocage du sud Manche ne nous freinent même pas! J’aime cette sensation d’avoir beaucoup de puissance dans les cuisses, les paysages défilent vite et le soleil commence à se coucher. L’ambiance est particulière et marque déjà de beaux souvenirs dans ma mémoire. Nous filons en direction de Villedieu-les Poêles, la moyenne reste stable et haute! Nous prendrons un rythme de croisière plus loin, le plus important est de ne pas suer à outrance et de bien s’hydrater, l’endurance est acquise avec nos différentes balades.

Coucher de soleil…

KM 70, 2H10 de route, nous voilà au checkpoint n°1. Une fois devant les grilles de la fonderie, Corentin va remplir les bidons dans un restaurant pendant que je répare mon porte-bidon, la vis du haut s’est cassée! J’ai toujours du scotch avec moi pour pouvoir réparer une casse que l’on ne prévoit jamais! Il y a de l’ambiance au restaurant, j’entends les gens applaudir Corentin en sortant! C’est bon pour le moral juste avant la nuit!

La Fonderie!

Nous repartons vers Vire, 30 km de ligne droite dans les vallons. On commence à mettre une petite laine, allumer les lumières et calmer le rythme. C’était avant de nous faire doubler dans une bosse par un tracteur, Corentin l’accroche, je descends 2 dents et je me dresse sur les pédales pour prendre la roue. 5 KM de cul de tracteur entre 40 et 45 km/h qui font du bien au moral! Je connais bien ces routes et c’est un bonheur de les partager. De longues descentes à plus de 60 km/h sans donner une coup de pédale, la masse d’air est légère et cela nous freine très peu. Ne pas pédaler en descente, c’est faire retomber ses pulsations cardiaques et prendre le temps du moment présent en écoutant le vent nous siffler dans les oreilles.

Passage par Tinchebray où je connais le point d’eau, c’est ma ville natale. Deux gourdes pleines, une avec Energy Diet + légumes, l’autre de l’eau plate! Pas de temps à perdre pour avancer pendant que les températures sont bonnes. 112 km et 3h30 au compteur, c’est maintenant qu’il faut commencer à être fort. Direction Carrouges et son château pour le checkpoint 2! C’est une complète traversée du bocage, dans la nuit noire et sur des routes de campagne. Nous ne croisons que très peu de voitures et cela renforce le sentiment d’aventure, les repères sont très faibles et notre champ de vision est réduit avec cette petite lampe.

170 km et 5H30 de balade pour voir les pavés qui mènent au Château. Une photo et en route! Nous croisons les premiers phares de vélos et c’est très déroutant de croiser des vélos équipés comme nous pour affronter la nuit. Sensation étrange de course beaucoup trop longue pour être « agressive » mais ça nous challenge! Nous sommes à sec et nous devons trouver de l’eau, je me souviens d’un cimetière à Chahains. Quelques coups de pédales et nous y sommes. Le robinet est ouvert, ce n’est jamais évident de prendre de l’eau comme ça mais il faut faire confiance. C’est reparti direction La Chapelle Montligeon pour le troisième checkpoint. Nous le verrons avant le lever du jour à cette vitesse. Nous ne parlons pas beaucoup, quelques regards en passant les relais, quelques pauses pipi mais nous restons focus vers le troisième point.

Carrouges

244 km et 8H40 de selle pour voir les pointes de la chapelle, somptueux édifice au milieu de la campagne. Nous nous remémorons notre premier passage ici trois semaines auparavant. Même rituel mais on ne traine pas car une fois de plus il fait vite froid. Ce n’est pas non plus insupportable car nous sommes restés en cuissard court. Nous tournons toujours à l’Energy Diet, j’aime bien tester mon produit dans ses limites. Comme d’habitude la satisfaction est au RDV mais je sens que je vais devoir manger solide à l’ouverture de la première boulangerie. Au lever du jour, le temps ne passe pas très vite et les relais s’enchainent sans vraiment réfléchir. Je ne me souviens pas vraiment des différents paysages, j’ai les yeux rivés sur mon GPS pour ne pas quitter la trace.

La Chapelle

C’est à Mortrée, après 300 km et 10H40 de selle, que nous nous arrêtons vraiment pour la première fois. La porte de l’artisan est entre-ouverte, l’odeur est présente et nos papilles s’affolent! Corentin demande si c’est ouvert et la réponse est positive. 2 croissants et 2 pains au chocolats chacun en guide d’en-cas. Assis là au milieu du bourg nous savourons cette première trêve, un café et cela aura été parfait! Après cet échauffement gustatif, j’avais repéré un petit pain à l’épeautre qui avait attiré mon attention, je suis donc parti lui faire ça fête!

J’aime profondément partager ces moments où rien ne compte vraiment, les besoins fondamentaux sont à ce moment un luxe! J’aime bien dire que cela nous ramène à notre condition d’être humain. Des réflexes primitifs souvent perdus dans notre confort. En parlant de confort, il faut se remettre en selle et repartir. Nous sommes toujours en forme et ce n’est pas le moment de flancher, il reste 100 bornes! Je commence à reconnaitre les pancartes des villages car nous sommes dans l’Orne. Le soleil réchauffe progressivement nos organismes mais nous pensons encore à notre café!

Écouché, café! Ça rime! Je vous mets ça là car c’est un peu le style de blague que nous avons après 12H00 de vélo! Un café et un sandwich poulet pour Corentin et une viennoise pour moi, on a encore faim! Je mets également un Stickola dans un des deux bidons car ça tire! Assis au soleil, nous partageons ce café en quelques minutes car c’est la dernière pause. Plus que 80 km avec la belle Suisse Normande à traverser!

Les longues bosses se présentent à nous et comme si cela ne suffisait pas je sens que Corentin est taquin car il « attaque »! J’aime l’adversité et je réponds silencieusement, au couple! Je sais également que le profil est comme ça jusqu’à Villers Bocage et après on est sauvé! Sortie de Villers nous reprenons des moyennes stratosphériques, près de 50 km/h sur le plateau pendant près de 2 km en relais, j’adore! L’insouciance et le jeu avant tout, on se sent vivant. Bayeux 15 km, on double un cyclosportif qui se met dans notre roue et on joue à vouloir le faire « sauter ». Même après 13H00 de vélo on n’est pas fatigué pour faire les cadets!

BAYEUX, les derniers mètres sont faits à grande vitesse pour faire tomber le challenge des plus de 30 km/h de moyenne roulante!

C’est pari tenu, on les a! Merci à toi Corentin pour ces heures partagées dans la bonne humeur et la bienveillance. J’aime découvrir les personnes à travers beaucoup de fatigue car c’est là que les caractères se dévoilent et j’ai aimé partager avec toi ces 400 bornes à travers la Normandie, on re-signe pour l’an prochain?

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